Entretien exclusif : Lena Situations et Élise Lucet dénoncent la dictature de la minceur dans la mode
Sur le plateau minimaliste du format « Derush » diffusé sur YouTube, une rencontre rare a eu lieu entre deux personnalités aux convictions fortes : Léna Mahfouf, connue sous le pseudonyme Lena Situations, et la journaliste Élise Lucet. Ensemble, elles dénoncent avec vigueur la dictature de la minceur qui domine encore trop souvent l’industrie de la mode et exerce une pression sociale intense sur l’image corporelle, en particulier des femmes.
Cette rencontre, enregistrée en mai 2025, fait écho à un paradoxe saisissant : alors que le mouvement body positive semblait avoir conquis ses lettres de noblesse, réduisant peu à peu la tyrannie des standards rigides, un net reflux s’observe désormais. Moins de 1 % des mannequins présents sur les podiums lors des défilés hivernaux de 2024 étaient classés grande taille, un chiffre alarmant confirmé par des données BBC. Ce retour en arrière s’apparente pour Lena Situations comme un instantané où, « en clignant des yeux », on retrouve un univers de la mode semblable à celui d’il y a vingt ans, dominé par des corps élancés, quasi inaccessibles.
Au cœur de leur échange, un constat s’impose : cette quête d’une minceur extrême, véhiculée souvent par des campagnes marketing poussant au « skinny-core », ne sert pas simplement l’industrie, elle impacte profondément la santé mentale des jeunes femmes, martelant un modèle où seule la silhouette filiforme serait digne d’intérêt. La popularité de substances dangereuses, comme l’antidiabétique détourné en coupe-faim, l’Ozempic, illustre tristement cet engouement pour une esthétique immédiate, quitte à sacrifier le bien-être.
Lena Situations, entrepreneure à succès avec des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, révèle avoir été elle-même victime de cette pression sociale, tentant en vain d’entrer dans ce moule étroit. Sa voix devient celle d’une génération qui exige plus d’authenticité, plus de diversité, et surtout, un empowerment personnel qui libère de la tyrannie des standards de beauté uniformisés.

Comment la mode en 2026 renforce les standards de minceur malgré la diversité annoncée
En dépit des avancées évidentes en matière de diversité corporelle entre 2020 et 2022, le monde de la mode semble avoir renoué avec une nostalgie problématique : celle d’un idéal très mince, voire squelettique. Cette régression a été expliquée, dans cet entretien exclusif, par une stratégie marketing ciblée visant à vendre un rêve inaccessible, presque un fantasme.
Le concept « skinny-core » s’impose aujourd’hui comme un outil puissant qui intensifie la quête d’une silhouette irréaliste. Ce mouvement influence non seulement les campagnes publicitaires mais aussi la sélection des mannequins. Le retour systématique à moins d’1 % de mannequins grande taille en est la preuve empirique, reflétant une sélection drastique et élitiste sur les podiums.
Le côté inquiétant de cette dynamique réside dans la banalisation d’un rapport malsain au corps. Lorsque l’industrie de la mode glorifie des morphologies très fines, elle encourage indirectement des comportements à risque, comme les régimes extrêmes ou la consommation illégale de produits pharmaceutiques. Cet effet pervers a été évoqué par Lena Situations lors de son intervention, en rappelant les dangers liés à l’« usage à la mode » de l’Ozempic.
Parallèlement, la pression exercée par les réseaux sociaux amplifie ces modèles restrictifs. Sur Instagram, TikTok ou d’autres plateformes, les influenceurs et mannequins très minces enregistrent des taux d’engagement supérieurs, influenceant les jeunes utilisateurs dans leur perception de l’image corporelle. Cette spirale nourrit la pression sociale et nuit à la santé mentale de nombreuses jeunes femmes qui tentent désespérément de se conformer à ces normes.
Face à cette situation, l’interrogation majeure soulevée par Élise Lucet et Lena Situations est celle du rôle des marques et des médias dans la pérennisation de ces standards. Est-il possible que le « business » de la mode, centré sur un profit rapide, puisse renoncer à cette dictature de la minceur ? Anecdotiquement, l’analyse des retours produits dans les maisons de couture révèle que les tailles les plus petites sont souvent retournées en nombre plus important que les tailles plus grandes. Ce phénomène démontre que les consommatrices rondes, lorsqu’elles trouvent enfin leur taille, deviennent de véritables ambassadrices du vêtement, valorisant ainsi une économie plus inclusive.
Les chiffres clés de la mode inclusive versus dictature de la minceur
| Catégorie | Taux de retour des vêtements | Impact sur les ventes | Représentation en podiums (2024) |
|---|---|---|---|
| Tailles XS | 25 % de retours | Ventes instables, pertes économiques | Majorité des mannequins |
| Tailles XL et plus | 4 % de retours | Fidélisation clientèle, augmentation bénéfices | Moins de 1 % des mannequins |
Ce tableau illustre clairement qu’investir dans une mode « inclusive » représente une stratégie rentable pour les marques, avec un fort potentiel d’augmentation des marges grâce à une clientèle satisfaite.

L’influence des réseaux sociaux : un miroir déformant pour l’image corporelle
Dans leur entretien, Léna Situations et Élise Lucet ont évoqué à plusieurs reprises le rôle clé des réseaux sociaux dans le maintien, voire le renforcement, de la dictature de la minceur. L’image esthétique véhiculée sur Instagram, TikTok ou YouTube est souvent cadrée par les algorithmes, qui favorisent les silhouettes les plus fines et les plus standardisées.
Cette dynamique crée un véritable miroir déformant où la diversité corporelle est minorée au profit d’une uniformisation toxique. Les influenceurs affichant une silhouette très mince récoltent ainsi davantage de « likes », d’opportunités commerciales et de reconnaissance, devenant des modèles qui ne favorisent pas l’empowerment mais l’auto-jugement et la comparaison imbibés de frustration.
Léna Situations témoigne du malaise provoqué par cette tendance, notamment sur la popularisation de méthodes drastiques et de produits dangereux à base d’antidiabétiques utilisés comme coupe-faim. Cet usage, qui s’apparente à une forme de triche, masque la complexité des corps et contribue à une pression sociale> dévastatrice. La reconnexion avec une image corporelle saine devient difficile à accéder pour une grande partie des jeunes femmes.
Face à cette réalité, le combat mené par Élise Lucet et Lena Situations vise à offrir une parole plus authentique pour libérer les jeunes femmes et redonner à l’image corporelle toute sa diversité naturelle, sans dictature ni tabou.
La place des technologies et de l’intelligence artificielle dans les choix de mannequins et canons de beauté
Une autre dimension abordée dans cet entretien exclusif avec Lena Situations concerne l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus de recrutement de mannequins. À première vue, cela pourrait apparaître comme une solution pratique pour éliminer les biais humains, mais selon Lena, cette tendance cache une menace profonde pour l’empowerment visible et la diversité effective dans la mode.
Elle exprime sans détour son inquiétude face à la perspective d’un casting entièrement piloté par des algorithmes qui pourraient sélectionner des avatars parfaitement calibrés selon des critères souvent très étroits. Ce scénario, selon elle, signerait « la fin du métier de mannequin » tel qu’on le connaît, supprimant ce qui fait l’émotion et la singularité d’un défilé : la démarche, le sourire, la spontanéité des modèles.
Ce débat légitime à l’ère du numérique souligne le besoin d’une réflexion profonde sur la place de la technologie dans l’industrie créative. Si la mode veut rester proche des corps réels, des histoires individuelles et des émotions humaines, elle ne peut se permettre de remplacer la vie par des chiffres. C’est un appel à ne pas sacrifier ni la diversité, ni la santé mentale des jeunes femmes sur l’autel d’une standardisation algorithmique.
Des pistes pour un futur où chaque silhouette est célébrée et valorisée
L’entretien entre Élise Lucet et Lena Situations ne se limite pas à un constat alarmant. Il est également un plaidoyer vibrant pour une industrie de la mode plus inclusive, où l’empowerment des femmes se construit autour de l’amour de son propre corps, quelle que soit la taille.
Voici une liste des actions concrètes identifiées pour lutter efficacement contre la dictature de la minceur :
- Révision des castings : intégrer davantage de profils grande taille et divers morphotypes pour refléter la réalité des femmes.
- Campagnes publicitaires inclusives : promouvoir des corps naturels, avec tous leurs atouts et imperfections.
- Éducation à l’image corporelle : sensibiliser dès le plus jeune âge au respect de soi et à la diversité des standards de beauté.
- Encadrement réglementaire : lutter contre les pratiques dangereuses en matière de régimes et de traitement médical détourné.
- Encourager les retours consommateurs : adapter les collections à la demande réelle des consommatrices pour réduire le gaspillage et améliorer la satisfaction.
- Limiter la dépendance à l’intelligence artificielle dans la sélection des mannequins pour préserver l’humain et la spontanéité.
Adopter ces mesures est un levier non seulement pour sauver la santé mentale de nombreuses femmes, mais aussi pour ouvrir enfin la voie à une mode véritablement représentative et respectueuse des standards de beauté qui évoluent avec notre société. Applaudir des podiums où chaque silhouette défilerait sans barrière constitue le défi dans lequel s’engagent Élise Lucet et Lena Situations avec passion et détermination.